A Ryda ce 30 May, 1793.
Ankt. den 12 Juli, besvt den 19 dito.
Mon Cher Fils, Depuis ma precedante du 24 ou 26 Mars, j'ai eu le plaisir
de recevoir Vos deux Lettres du 2 Mars et du 10 Avril, arrivées
le 3 Avril et le 10 Court, et je Vous suis sensiblement obligé
de la continuation de Vôtre Itineraire de Sicile. Si cette mienne
réponse ne Vous previent pas à Hambourg, comme il le faudroit,
la raison en est, que Vôtre Soeur ayant eu part de Vôtre
derniere, qu'elle ne m'a pas renvoiée encore, m'écrivit
le 20 Court, qu'elle vouloit Vous faire réponse, que
j'ai attenduë jusqu'`l'ordinaire d'avanthier passé. Elle
est attendue ici elle même le 4 Juin, ainsi que Vôtre Cadet,
pour passer la nuit ici et s'en aller le Lendemain à Setra prendre
les Eaux le 6. Mais alors il fera trop tard de Vous écrire à
Hambourg.
Je me hâte de Vous faire part de la bonne nouvelle et grande
pour nôtre Maison, que l'Affaire du Bail de Ryda en Prolongation
fut enfin finie le 3 Court selon nos souhaits et au de là
de nos esperances. La Copie ci jointe Vous en mettra au fait. Louons
sans cesse la Providence de l'Eternel, qui a daigné benir les
soins, que Vous eutes à Rome, de prevenir en Nôtre faveur
Msr le President Baron de Reuterholm, le Grand Mobile pour éclairer
parfaitement le Regent sur l'état de l'affaire et pour y interesser
l'équité de S.A.R. Ce Prince daigna répondre à
Vos deux Freres, lorsqu'ils Lui firent leur cour le 8 May pour Lui rendre
les très humbles graces, au nom de toute la Famille, d'une faveur
si signalée: Qu'Il en étoit bien aise, et qu'elle étoit
très meritée.
Le Baron Stierneld, Grand Chambellan de la Reine Douairiere, s'est
aussi interessé pour nous auprès du Regent. Pour eviter
ce qu'on appelle ici Prejudicat, la reputation de Vos deux Freres a
bien servi, comme Vous voyez par l'Acte même. La Providence a
voulu que Charles, déja estimé du Prince du côté
du Service, a été employé tout ce Printems, conjointement
avec Mr Adlersparre, à composer le Nouveau Reglement pour la
Cavallerie, et tout seul à dessiner les Planches et à
la Correcture d'icelles, ainsi que du Livre même. Vôtre
Frere Jean de son côté a parû infatiguable à
veiller, à solliciter, à remontrer l'affaire auprès
des Gens en place: de sorte que je n'ai pas eu besoin d'aller pour celà
produire à la Cour et ailleurs ma tête chauve en Calotte
et mes rides, ni m'essouffler dans les Escaliers de Stockholm, ni me
ruiner en Voitures de louage. En y ajoutant ce que Vous avez fait de
très essentiel et de très heureux pour l'affaire commune,
je me tiens un des Peres les plus fortunés, d'avoir de tels Enfans.
Aussi je me sens du côté de la santé mieux que
je ne l'ai fait depuis le printems de 1788, que je commençai
à être moins valide. Vôtre Mere se trouve de même
mieux que par le passé: elle dort assez bien les nuits et garde
toujours un très exacte regime; aussi que moi de mon côté.
Vôtre Puisné, après n'avoir eu que 4 a 5 jours
à soigner ici son Equipement, se mit en marche lundi passé
le 27 pour arriver avec L'Escadrone le 1 Juin au Camp de Ladugordsgerde,
qui consistera de 18 Escadrons et 9 Bataillons. Ces Troupes, destinées
à camper jusqu'au commencement du Juillet, doivent faire parade
dans la Ville lundi prochain le 3 Juin. C'est pourquoi Vôtre Cadet
ne pourra partir que le 4. Nous nous consolons d'une si courte Apparition
de 2 Enfans et de l'absence des 2 autres, par l'espoir de les voir tous
rassemblés chez Nous au Mois de Juillet, après une separation
de 7 ans et plus.
Ne manquez pas, Mon Cher Fils, d'aller droit à Vôtre Ryda,
sans songer à aller sitôt Vous presenter à Stholm.
Vôtre Compagnon de Voyage, et par là Ami de la Maison,
sera très bien venu chez Nous. Avec la sagesse et l'experience
qu'il aura sans doute acquises, il agréera l'hospitalité
des Campagnards Suedois et la bonne volonté de Gens abimés,
il n'y a que deux ans, par l'incendie le plus total.
Durant ce tems ma situation n'a pas été des plus tranquilles.
Il falut absolument repeupler la Terre de bêtail, et batir pour
mettre à couvert hommes et animaux, le tout à ses propres
frais et dépens, sans savoir, combien de tems mon sang en jouiroit?
Maintenant je bâtis pour mes petits fils, pour 92 ans assûrés.
Avant ce tems écoulé, l'ancien prejugé pour les
domaines, aura passé, et on ne regardera plus comme Alienation
un changement de proprieté, sans un sol [=sou]
de diminution au Revenus Publics. Cette remarque vient d'être
representée par des memoires et une trentaine de lettres, écrites
aux Gens en place. Mais ce dogme est encore trop nouveau pour ne pas
faire peur. En sollicitant la Proprieté ou un Bail perpetuel,
je savois bien que je ne l'obtiendrai pas. Sed petimus iniqua, ut
obtineamus aqua. Il faut fournir la satisfaction de rabattre quelque
chose.
Excepté feu Nôtre Laurent Jules, il ne manque pas une
Ame de toute Vôtre Parentée depuis ces 7 ans que Vous voiagez.
On se porte bien à Orby, Acrelenda, Eka,
Molhamar; il en est de même chez Nos Amis et Voisins de Ribbinguebec,
Hesslé, Nysetra, Bongsbo. Le 8 Court Nôtre Bienfaiteur
le Baron Adam, étant tombé extremement malade, fit appeller
un habile Medecin d'Upsale, qui le lendemain lui annonça la mort
à moins d'une Operation chirurgique, qu'il faloit sans delai
aller faire faire à Stockholm. Cette nouvelle nous effroia, comme
de droit. Par un exprès, depêché de grand matin
le 10, nous apprimes que le Baron alloit se faire transporter ce même
matin. Nous nous rendimes à sa rencontre à Nôtre
Presbytere. Il marchait très lentement, couché entre les
draps dans un Vis à vis, sentant des douleurs aigûës
au moindre cahot, mais moins tourmenté après la marche
d'une lieu en 3 heures. Nous nous fimes un Adieu, dans ce moment reputé
eternel; non sans larmes de part et d'autre. Il arriva à Stockholm
le lendemain au soir, beaucoup soulagé par le mouvement tant
redouté. Les Medecins remirent d'abord l'operation, ensuite la
condamnerent, jugeant que depuis 8 ans le Patient et les Medecins d'Upsale
s'étoient mépris sur le genre du mal. Le 17 j'eus une
lettre de sa main, pour me prouver, qu'il avoit quitté le lit.
Le 23 Jean me manda, que le Baron devoit aller ce même jour voir
ses proches à Lindholmen, où Mr de Montgomerie est arrivé
d'Angleterre, après avoir été rappellé par
le Duc Regent de son Exil de S. Bartelemi. Nous esperons que le premier
de nos Bienfaiteurs et le plus Ancien Ami du Voisinage, sera par cet
heureux essai rendu à la Societé, pour la quelle il est
fait plus qu'aucun autre, mais dont il s'étoit en quelque façon
sevré, par la seule crainte des douleurs, qu'il attribuait au
mouvement d'un voiage à cheval ou en voiture.
Mon Cher Fils, quoi que Vous ayez à passer par des Provinces,
où je suis né et elevé, savoir Calmar et la Scanie,
je n'y connais presentement personne, à qui Vous adresser en
Vôtre route. Il y a 49 ans que je quittai la Scanie, et 18 ans
que je fut à Calmar. Là même mes Connoissances sont
éteintes. Mais à Vous suffira d'y hanter la Maison de
Mr d'Ancarsuerd,
Intendant de la Province, cet homme superieur en talens et en Merite,
et par dessus le manche ["patron"],
le Second Pere de Vôtre Cadet [brodern Lars
1787]. Là Vous trouverez Nôtre Amie Made
Southoff, dont le commerce de lettres avec Vôtre Soeur dure encor.
Une chose, qui doit Vous choquer ainsi que Vôtre
Compagnon de Voyage, c'est la rareté de bons Auberges dans nos
Villes de Province. Je n'en connais qui vaille, si non à Lincoping
où Vous ne passerez pas, à ce que je crois.
Comme la sagesse de Vôtre regime, ainsi que la
bonté de Vôtre temperament, Vous promet une longue vie,
et que tout homme, de même que Vôtre digne Ancien General,
doit retourner tôt ou tard à sa Vocation destinée
par la Nature, L'Agriculture, je Vous recommande encore avoir en voyageant
l'oeil ouvert sur l'economie Rustique, principalement en fait de Bâtises,
cette partie, où selon moi nous sommes, de tout un Siècle,
arriere les Nations policées de l'Europe. Observez, s'il Vous
plait, si la malpropreté que l'on reproche aux Vestphaliens,
et provenant en grande partie de ce que les hommes et autres Animaux
domestiques demeurent sous un même toit, est la même en
été, pendant que le bêtail part aux champs. Je me
ravise. Vous aurez déja quitté la Vestphalie avant de
recevoir la presente. Mais je crois qu'il y aura autant et plus à
apprendre dans cette lisière de Hollstein, que Vous aurez à
passer entre Lubecq et Hambourg, où les Paysans sont riches autant
par la culture, que par le voiturage des Marchandises de prix entre
ces deux Villes: Aussi, plus Vous approchez de Vôtre Pays natal,
moins la difference des Climats est grande, et plus les exemples applicables
à nôtre Culture.
Après la mauvaise année de 1792, nous
nous attendions à une bonne. Les bleds en herbe le promettoient,
surtout avec la humidité de la fin d'Avril et du commencement
de Mai, qui nous valut une seconde inondation sur nos prairies. Mais
tout le reste de ce Mois, très froid et sec, a bien rabbattu
de nos esperances, de sorte que les Mars [vårsådd]
n'avancent guere et les bleds deperissent à vûe d'oeil.
Cependant les Nôtres se soûtiennent encor. Mais nos Prairies,
rangées l'année passée par les chenilles, sont
actuellement devastées derechef par cette vermine innombrable,
savoir le Vestereng, le Smaleng, et le Holmen, n'y ayant à cette
heure d'intacte que la Bruna.
Nos bâtises n'avancent que lentement. Ici les moyens ne suffisent
pas pour forcer l'ouvrage, une fois que nous sommes frugalement à
couvert chez nous. Aussi avec la moitié de forces en bêtes
de trait, la Culture, pour n'être pas negligée, doit prendre
le double du tems, comme celà nous est arrivé ce printems.
Vôtre Frere Charles, en partant, me chargea de Vous faire bien
ses Compl. Vôtre Soeur s'était proposée de Vous
écrire. Mais ses preparatifs pour les Eaux ne lui en ont pas
laissé de tems. Maintenant ce sera trop tard. Vôtre Mere
Vous embrasse. Nos Voisins Vous font souvent force Compls,
et je suis de coeur et d'ame
Le tout Vôtre
GW Sillén
Till diarium
för Georg Wilhelm af Silléns brev.